EAF Oral : interroger sur un passage inédit d'une oeuvre intégrale ?

La question de l’épreuve EAF orale amène chaque année des interrogations récurrentes au sujet de la possibilité d’interroger un élève sur un passage quelconque d’une œuvre intégrale étudiée en cours. Depuis des années maintenant, l’inspection (inspecteurs généraux, inspecteurs pédagogiques régionaux) encourage les enseignants à utiliser cette possibilité qu’offre le texte officiel. Les arguments que l’on peut entendre contre cette pratique sont :

1 - ce type d’interrogation déstabilise les élèves.
2 - c’est une pratique inégalitaire : certains connaîtront bien le texte proposé à l’EAF, d’autres le découvriront.
3 - les deux temps de l’oral (interrogation sur texte et entretien) ont des objectifs différents : c’est dans l’entretien que l’on mesure la capacité d’improvisation et d’adaptation de l’élève.

Afin de se faire une idée plus précise des enjeux de l’exercice, une petite expérience a été menée cette année dans une classe de première. Il s’agissait d’interroger et de filmer des élèves, deux fois. La première sur un texte étudié en cours, extrait d’une œuvre intégrale (une pièce de théâtre contemporaine), la seconde sur un texte inédit tiré de cette même œuvre intégrale. Voici le témoignage de l’enseignante qui a mené cette expérience, en poste au lycée L’Oiselet de Bourgoin-Jallieu. Deux élèves ont été filmés et ces vidéos pourront entrer dans la banque de ressources des formateurs de Lettres.

Témoignage de madame Salvetat, professeur de Lettres :

Les vidéos ont été tournées en cours, dans une 1ère S de 35 élèves, classe de plutôt bon niveau et plutôt bon esprit.

Les élèves des vidéos ont été volontaires, ils savaient dans quelles conditions les choses seraient faites : ils passeraient deux fois (sur deux heures différentes), seraient filmés, nous en parlerions ensuite pour comparer les deux versions de l’oral. Ils savent par ailleurs que je fais de la formation et que la vidéo servirait à l‘entraînement et la réflexion des professeurs.

Les films ont été tournés devant la classe entière, à chaque fois un camarade choisi par le « candidat », au premier rang, tenait le rôle de l’examinateur. Le reste de la classe, intéressé par l’expérience, a écouté avec attention.

Les vidéos n’ont ensuite été qu’en partie exploitées en classe, en demi-groupe, et juste pour revenir sur l’introduction et la conclusion (où il y avait un vrai problème de méthode). Les bilans ont sinon été faits « à chaud » après le vrai passage. Les élèves avaient sous les yeux la grille (modèle académique) de l’examinateur, nous avons discuté oralement de la réussite ou des points à travailler à partir des différents critères. Les conclusions, obtenues en 10 minutes, ont été les suivantes :

1 - Les qualités des candidats (ou les points faibles) ne varient pas en fonction de la connaissance antérieure du texte. Il n’y a donc pas de raison de craindre cet exercice. Les élèves ont VRAIMENT vu alors que le hors liste n’était pas un piège (« c’est que ça ! »).

2 - Le travail fait pour un texte est facile à réinvestir dans un autre MAIS c’est un exercice à travailler. La transposition n’est pas du tout un réflexe, c’est à cela qu’il faut s’entrainer pour préparer le hors liste
(cela ne me paraissait pas si essentiel avant l’exercice, mais je suis d’accord là-dessus avec eux).

L’expérience semble donc encourageante, et la question portant sur un texte, ainsi conçue, permet d’amener un élève à devenir un lecteur plus autonome, sans qu’il perde le bénéfice du travail personnel effectué en français.
 Quelques remarques supplémentaires :
- cette expérimentation n’a concerné qu’une classe : il faut donc l’étendre pour pouvoir en tirer quelques leçons. Les premières observations (comme celles issues d’autres expériences ponctuelles qui nous ont été rapportées) sont néanmoins favorables à la pratique de l’interrogation sur un texte inédit extrait d’une œuvre intégrale lue et étudiée en classe.
- l’analyse de vidéo (on filme, avec l’accord des parents et des élèves, un ou plusieurs volontaires, afin d’analyser leur prestation en cours) est extrêmement formatrice. Elle aide les élèves à prendre de la distance vis-à-vis de leur travail ; il faut, bien entendu, comme cela a été fait ici, veiller à ce que ces expériences, qui doivent être fondées sur le volontariat, se déroulent dans un climat de confiance et de respect, et être très attentif à la question des droits à l’image.

Publié le 27/12/2018
Modifié le 27/12/2018