Ce projet a exploré l’apport de l’intelligence artificielle dans la lecture et la compréhension d’un texte littéraire complexe en latin, Les Métamorphoses d’Apulée, en classe de 4e. Grâce à des paraphrases générées par l’IA, les élèves ont progressivement accédé au texte original tout en développant des stratégies de lecture, d’analyse stylistique et de mise en voix. L’IA a également facilité la production de supports différenciés, structuré les recherches, encouragé un usage critique du numérique, et transformé la posture de l’enseignant en guide réflexif et accompagnateur. Ce travail a donné lieu à des productions variées, malgré certaines limites temporelles, et constitue une base solide pour prolonger l’expérimentation.
Une ressource proposée par Mickaël Vinson et le groupe de formateurs Peg@sus
Objectifs pédagogiques du projet
Objectifs linguistiques et cognitifs
- Favoriser la compréhension progressive d’un texte littéraire complexe en langue ancienne, en adoptant une démarche de lecture par paliers : paraphrase simplifiée, version enrichie, puis confrontation au texte original.
- Développer des stratégies explicites de lecture :
- lexicales (repérage des mots transparents ou connus, déduction par analogie avec les langues modernes),
- syntaxiques (repérage des expansions du nom, participes, adjectifs, relatives…),
- inférentielles (élaboration d’hypothèses de sens à partir des éléments accessibles),
- interprétatives (prise en compte des choix lexicaux, effets de style, atmosphère).
- Renforcer la capacité à construire du sens sans traduction mot à mot, en apprenant à accepter l’incertitude ou les zones d’ombre, et à privilégier une approche globale, souple et heuristique du texte.
Objectifs culturels
- Éveiller l’intérêt pour un univers littéraire et culturel complexe, à travers une exploration guidée par l’IA portant sur :
- la figure de Lucius Apulée en tant qu’écrivain et intellectuel de l’Empire romain,
- le contexte historique et géographique dans lequel il a vécu (Afrique romaine, voyages, procès...),
- les croyances religieuses, les pratiques magiques et les figures féminines de pouvoir dans l’Antiquité.
- Cette démarche de recherche documentaire, fondée sur un dialogue fictif avec l’auteur via l’IA, prépare efficacement la lecture de l’œuvre en la replaçant dans son cadre culturel.
- Encourager une appropriation sensible et créative du texte, en proposant des réécritures, lectures oralisées et lectures augmentées :
- invention d’un lexique imagé en latin,
- mise en voix expressive du texte original,
- accompagnement par des ambiances visuelles et sonores pour créer une atmosphère immersive en lien avec les outils numériques disponibles.
- Faire du texte une matière vivante à interpréter, en plaçant les élèves dans une posture active de lecteurs-interprètes :
- ressentir les effets stylistiques(rythme, vocabulaire, énumérations…),
- s’interroger sur la construction des images et des ambiances,
- construire une interprétation personnelle par la mise en scène ou le commentaire.
Objectifs méthodologiques
- Former les élèves à un usage raisonné et critique de l’IA comme outil de compréhension et d’apprentissage, en développant des pratiques variées :
- interroger l’IA comme source documentaire contextualisée,en simulant un échange avec Lucius Apulée pour en apprendre davantage sur sa vie et son œuvre (mission 1, étape 1),
- formuler ou tester des hypothèses de sens à l’aide de questions posées à l’IA, avec feedback immédiat (mission 1, étape 2),
- utiliser l’IA comme outil d’auto-évaluation rendant possible un feedback immédiat, en sollicitant des QCM ou des quiz générés par l’outil pour vérifier l’état de ses connaissances,
- confronter les réponses de l’IA à d’autres sources,pour affiner la fiabilité et construire un esprit critique face à l’information(recherches croisées, comparaison avec dictionnaires ou paraphrases).
- Structurer les traces écrites produites à l’issue des recherches, en sollicitant l’IA pour organiser les idées sous forme de synthèses hiérarchisées (titres, sous-titres, paragraphes), facilitant ainsi la révision et l’exploitation ultérieure du contenu.
- Développer l’autonomie dans les stratégies de lecture et d’appropriation du texte, en rendant l’élève acteur de son apprentissage :
- affiner progressivement la compréhension du texte grâce à une démarche réflexive et coopérative(renforcement de la posture du sujet lecteur)
- apprendre à poser les bonnes questions face à un texte, apprendre notamment à s’interroger sur l’effet qu’il produit sur soi et sur ce qui a rendu cet effet possible (analyse du style de l’auteur).
Description de la séquence : "Entrons dans l'univers envoûtant des Métamorphoses d'Apulée"
Bilan
Les effets observés sur les apprentissages
Des effets positifs ont été constatés sur plusieurs plans, tant linguistiques que littéraires et méthodologiques :
- Meilleure accessibilité des textes : grâce aux paraphrases successives générées ou retravaillées avec l’IA, les élèves ont pu surmonter progressivement les obstacles lexicaux ou syntaxiques qu’ils peuvent rencontrer face à un texte latin lu dans sa version originale. Ce travail par paliers leur a permis d’entrer dans le texte d’Apulée sans blocage initial, en consolidant leur compréhension au fur et à mesure.
- Sensibilisation à la littérarité du texte original : le retour au texte latin d’Apulée, après le passage par des paraphrases successives, a permis aux élèves de percevoir ce que l’écriture littéraire apporte de plus que la simple transmission d’information. La comparaison des paraphrases générées par l’IA avec le texte d’Apulée leur a permis finalement
- de mieux apprécier la richesse stylistique du texte original (choix des mots, effets de rythme,construction des phrases, figures de style),
- de développer une attention fine aux procédés d’écriture et à leur impact sur la représentation du personnage ou de l’univers magique, sur les représentations mentales du lecteur,
- de comprendre que le style est porteur de sens et d’émotion, et que le texte littéraire ne se réduit pas à un contenu à décoder.
- Renforcement de la mémorisation : le dialogue avec l’IA, la répétition des informations, les reformulations adaptées au niveau des élèves ont favorisé une meilleure rétention des connaissances et facilité les révisions.
- Développement de la vigilance critique : les élèves ont été confrontés aux limites de l’outil (réponses trop longues, inexactitudes, formulations impersonnelles), ce qui les a incités à vérifier les sources, reformuler les données pertinentes, et interroger la validité des contenus proposés.
Ce travail a donc rendu possible l’accès à un texte littéraire difficile, non pas en l’appauvrissant, mais en ouvrant progressivement les portes de sa complexité. Loin de desservir la lecture littéraire, l’IA a ici servi d’outil de médiation et de révélation du style.
Les effets observés sur les pratiques enseignantes
L’usage de l’IA a transformé en profondeur la posture de l’enseignant, tant dans la préparation des contenus que dans la conduite des apprentissages en classe :
- Production didactique facilitée et enrichie : l’IA a permis de produire en amont plusieurs niveaux de paraphrases latines, respectant une langue correcte et mobilisant des structures grammaticales ciblées. Ces documents, relus par une universitaire, n’ont nécessité presque aucune correction, ce qui témoigne de leur qualité. L’outil s’est révélé précieux pour concevoir rapidement des supports différenciés, adaptés à des objectifs linguistiques précis, là où une production manuelle aurait été extrêmement chronophage.
- Accompagnement renforcé plutôt que transmission frontale : l’enseignant est parfois passé d’un rôle de transmetteur à celui d’accompagnateur et de guide, en aidant les élèves à bien formuler leurs requêtes, à interpréter les réponses générées, à trier l’information pertinente, et à évaluer la fiabilité des contenus. Cette posture favorise une forme d’apprentissage plus autonome, active et réflexive. L’enseignant joue donc un rôle central dans la médiation entre l’élève et l’IA, en posant le cadre de l’interaction, en formant à la formulation de questions efficaces, et en aidant à la confrontation des informations obtenues. L’IA devient ainsi un partenaire dans un dialogue pédagogique à trois voix : texte / élève / enseignant.
- Réactivité accrue face aux besoins des élèves : l’enseignant a pu s’appuyer sur les réponses immédiates et adaptatives de l’IA pour ajuster en temps réel les contenus, relancer les recherches, ou approfondir certains points culturels ou linguistiques. Cela a facilité une pédagogie plus souple, plus interactive et plus réactive.
- Dynamique interdisciplinaire et réflexive : l’IA a permis de créer des ponts entre les disciplines (français, langues anciennes, histoire, éducation aux médias et à l’information), tout en incitant les enseignants à repenser la nature même des apprentissages : qu’est-ce que comprendre un texte ? comment distinguer le littéraire de l’informatif ? quels savoirs sont mobilisés, discutés, reconstruits ?
- Intégration de l’IA dans des séquences complexes : l’outil a été utilisé à des moments-clés du parcours de lecture (recherche préliminaire, travail sur la langue, appropriation du contexte, synthèse des connaissances), dans une logique d’articulation étroite avec les objectifs pédagogiques. Il s’agit d’un appui modulable, intégré avec discernement et finalité claire.
- Nouvelles modalités d’évaluation : l’usage de l’IA a ouvert à des formes variées d’évaluation formative : auto-évaluation à l’aide de QCM générés, feedbacks personnalisés, relecture critique de synthèses proposées, comparaison entre productions humaines et réponses automatiques. Cela a enrichi le rapport des élèves à l’évaluation comme outil de progression.
Les productions d'élèves issues de cette expérimentation témoignent de la richesse du dispositif, de la diversité des formats exploités et de la montée en compétence progressive des élèves, tant sur le plan linguistique que méthodologique et créatif.
- Fiches de recherche structurées et traces écrites de qualité : issues des dialogues menés avec l’IA sur des thèmes culturels variés (notamment lors de la mission 1), ces productions ont été retravaillées par les élèves avec exigence. Ils ont su améliorer la structuration des contenus, reformuler certaines idées pour en clarifier le sens, enrichir les synthèses proposées par l’IA à l’aide de leurs propres connaissances ou recherches complémentaires. Cette démarche témoigne de leur capacité à porter un regard critique et constructif sur les productions de l’outil, et à ne pas en rester à un usage passif ou reproductif.
- Charte du bon usage de l’IA : au terme de la mission 1, une charte collective de bonnes pratiques a été rédigée avec les élèves. Ce document synthétise leurs observations, leurs conseils, leurs mises en garde et leurs retours d’expérience. Il a été affiché en classe et constitue un support d’éducation aux usages critiques et responsables du numérique.
- Analyses de textes enrichies : les élèves ont appris à interroger le texte en profondeur, à l’annoter, à formuler des hypothèses, les justifier, les confronter à d'autres versions (paraphrases ou réponses de l’IA), dans un va-et-vient interprétatif formateur (mais vous ne trouverez pas de trace écrite de l’intégralité de ces étapes de travail car une partie de ces activités a été menée à l’oral, sous la forme d’interactions entre pairs, sur le modèle du THINK PAIR SHARE).
Limites rencontrées : faute de temps, toutes les activités prévues dans la mission 5 (notamment celles liées à la mise en voix expressive et à la création de capsules audio de lecture augmentée) n'ont pas pu être menées à leur terme. La réalisation de lecture enregistrées, pourtant préparées, n'a donc pas pu aboutir. Ce travail reste une piste de prolongement envisagée pour l'année suivante, dans le cadre d'un approfondissement de la séquence.