Face aux difficultés de compréhension des textes, cette ressource présente un rituel mis en place pour développer chez les élèves la capacité à se faire le film mental d'un texte lu ou entendu. Après la lecture orale du professeur, les élèves sont invités à écrire ou dessiner leur film mental puis échangent en binômes afin d'approfondir leur compréhension.

Une ressource proposée par Isabelle Lambert, professeure de Lettres au collège A. Mercoyrol de Cruas (07)

Constat et objectifs

Inégalités face à la compréhension des textes :

  • Fragilité des ressources lexicales et grammaticales/syntaxiques dont ils disposent (vocabulaire spécifique, constructions syntaxiques, conjugaison).
  • Un manque de connaissances culturelles.
  • Une motivation pour la lecture en souffrance.

L'objectif de ce rituel est de travailler la stratégie de compréhension de l'écrit en se concentrant sur la stratégie du film "mental" pour :

  • Développer la compréhension.
  • Émettre des hypothèses de lecture.
  • Débloquer les difficultés de vocabulaire.

Mise en pratique de l'activité

Modalités : un rituel de 10 minutes.

Support : une œuvre qui s’inscrit dans la problématique littéraire et qui sera découpée en plusieurs extraits au fil des rituels du projet d’apprentissage.

Déroulé :

  • A l’entrée en classe : musique de fond ou image projetée au tableau pour créer une atmosphère qui introduit l’univers du texte.
  • Lecture offerte par le professeur d’un extrait : temps de silence et de concentration préalable / Fermer les yeux et imaginer le film mental de l’histoire / Chacun a une feuille devant lui / Être attentif à la lecture expressive du professeur.
  • 1er temps de travail personnel : l’élève jette quelques mots sur la feuille ou dessine rapidement.
  • 2ème temps de dialogue et de mise en commun en binôme du film qui s’est déroulé dans l’imaginaire. Les élèves peuvent dessiner ou faire un schéma du scénario et débattre des points de vocabulaire sur lesquels ils bloquent.
  • 3ème temps de mise en commun au niveau du groupe classe. Possibilité de projeter des images au tableau pour lever les doutes de compréhension lexicale, de mimer l’extrait en lecture théâtralisée, passer par l’étymologie ou les mots de la même famille pour comprendre. Sont développées quelques-unes des hypothèses de lecture sur la suite du texte, qui sera lue la prochaine fois.

Bilan

Voici les résultats en septembre 2025 de l’expérience menée :

  • 6ème = 85 % des élèves affirment ne rien « voir ».
  • 4ème = 60% des élèves affirment ne rien « voir ».
  • 3ème = 45 % des élèves affirment ne rien « voir ».

L’écart qui se résorbe en 3ème s’explique en partie par le fait que des élèves appliquent cette stratégie depuis plusieurs années.

Les élèves interrogés disent que, depuis cette pratique, ils passent plus de temps à essayer de comprendre les textes lus, y sont plus attentifs, grâce à l’« imaginarisation ».

Quelques exemples de textes avec en gras les termes de vocabulaire qui pourront faire l'objet d'un temps spécifique d'apprentissage

  • En 6e

« L’œuf était posé sur la table. Il y avait de profondes crevasses dans la coquille et quelque chose remuait à l’intérieur avec un drôle de bruit, comme une sorte de claquement.

Harry, Hermione et Ron s'assirent autour de la table et observèrent l'oeuf en retenant leur souffle.

Il y eut un craquement, la coquille s’ouvrit en deux et le bébé dragon s’avança sur la table d’une démarche pataude. Harry trouva qu’il ressemblait à un vieux parapluie tout fripé. Ses ailes hérissées de pointes étaient énormes comparé à son corps grêle d’un noir de jais. Il avait un long museau avec de grandes narines, des cornes naissantes et de gros yeux orange et globuleux. »

Harry Potter à l’école des sorciers J.K. Rowling

  • En 4e

« C’était une planète de sable fin, de falaises dorées, d’eau verte et de ressources naturelles complètement inexistantes. Les hommes avaient décidé d’en faire un monde de tourisme enchanteur, sans chercher à exploiter ou à creuser un sol d’ailleurs stérile.

Les premiers pionniers y débarquèrent en automne. Ils y construisirent quelques stations balnéaires faites de cabanes pour milliardaires style Club Méditerranée. Il arriva des milliers d’estivants, deux mille cet été-là. Ils passèrent plusieurs semaines de charme à se dorer aux trois petits soleils de ce monde. Cette planète ne recelait ni insectes, ni carnivores, ni poissons redoutables.

Puis le 25 août à l’aube, arriva l’événement : en une seule goulée, en quelques secondes, la planète avala tous les estivants en même temps.

En effet, elle était la seule créature de ce monde. Et elle aimait beaucoup les êtres vivants, les humains en particulier. Mais elle les aimait bronzés, chauds et bien cuits. »

Jacques Sternberg « Contes glacés »

  • En 3e

(Le narrateur découvre par hasard que l’appartement qu’il occupait avec ses parents à Paris quand il était enfant est à louer. Il décide de demander à l’agence immobilière de le visiter.)

« Je montai le petit escalier intérieur jusqu’au cinquième étage et j’entrai dans la pièce de droite, transformée en salle de bain par mon père. Le dallage noir, la cheminée, la baignoire de marbre clair était toujours là, mais dans la chambre côté Seine, les boiseries bleu ciel avaient disparu et je contemplai le mur nu. Il portait par endroits des lambeaux de toile de Jouy, vestiges des locataires qui avaient précédé mes parents et j’ai pensé que si je grattais ces lambeaux, je découvrirais de minuscules parcelles d’un tissu encore plus ancien. Je n’écoutais plus le roux brillantiné de l’agence qui me faisait l’article.

Comme les couches successives de papiers peints qui recouvrent les murs, cet appartement m’évoqua soudain des souvenirs plus lointains, même ceux qui ont précédé ma naissance et qu’on m’a racontés.

A la fin de juin 1942, un vélo-taxi s’arrête en bas de la rue. Une jeune fille en descend. C’est ma mère. Elle vient d’arriver à Paris par le train de Belgique. »

Patrick Modiano « Livret de famille » 1977

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