Comment utiliser le numérique pour faire naitre un travail collaboratif entre des élèves de deux collèges d'une même région mais aux profils sociogéographiques contrastés ? C'est à cette question que ce projet répond, en proposant des activités et une progression sur l'année qui a permis à des élèves de deux établissements différents d'échanger via des outils numériques, d'abord pour se connaitre puis pour travailler ensemble dans le cadre d'un projet de classe : la réalisation d'un journal collaboratif sur la Haute-Savoie.
Une ressource proposée par Océane Caboche, professeure de Lettres au collège Jacques Prévert à Gaillard et Sarah Parvery, professeure de Lettres au collège Roger Frison-Roche à Chamonix

Naissance du projet
Ce projet est né de constats réalisés sur le terrain, dans nos deux établissements aux profils sociogéographiques contrastés.
- Nous constatons que les élèves en REP ont souvent du mal à se projeter et ont une mauvaise estime d’eux-même.
- Nous remarquons que les élèves restent souvent “enfermés” dans leur commune. Ils ne comprennent pas en quoi étendre ses connaissances sur son lieu de vie peut être une source d’enrichissement. De même, les élèves de Gaillard n’ont pas toujours l’opportunité de découvrir leur département et ne sont souvent que de passage dans cet établissement. Ils repartent sans avoir réellement connu ce lieu.
- Nous notons que les élèves ont des difficultés à se saisir de l’outil informatique, notamment à la maison ou dans toute situation d’autonomie.
- Enfin, nous faisons le constat que les jeunes sont très isolés dans leur utilisation du numérique, et qu’ils ont des difficultés à comprendre que le numérique est un support pour l’Homme et non pas un moyen de substitution.
Nous avons donc créé ce projet avec comme ambition que les élèves, malgré leurs niveaux différents, collaborent et s'entraident avec des outils collaboratifs. L'utilisation régulière et systématisée d'outils numériques permettrait aux élèves de gagner en autonomie à l'entrée du cycle 4.
Objectifs
Ce projet répond à un objectif majeur : faire naitre un travail collaboratif entre deux collèges aux profils sociogéographiques contrastés grâce au numérique, support pour développer l'autonomie et le tutorat entre pairs.
- Travailler avec des élèves de Chamonix et de Gaillard et constater qu'on peut mener les mêmes séquences, les mêmes projets si on travaille avec motivation et volonté.
- Remédier à la méconnaissance des élèves sur leur département, en menant un travail de recherches sur le territoire et ses caractéristiques : flux migratoires, tourisme, décolletage et enjeux climatiques.
- Accompagner les élèves en classe avec des outils en libre accès RGPD, et ce afin de systématiser leur utilisation pour gagner en autonomie.
- Favoriser un tutorat entre pairs, et ce afin de comprendre comment le numérique peut nous aider sans nous remplacer (en ayant une utilisation raisonnée et consciente de ces outils).
Compétences travaillées
Outils et modalités de travail

- Classes de 5e
- Travail individuel, puis en binômes inter-établissements.

Échanges réguliers dès le début de l'année.
Une séquence dédiée au journal de six semaines en mars-avril
En classe, en autonomie

- Digipad personnalisé (un par binôme, protégé par mot de passe et modéré par les professeurs)
- Digidesign pour la mise en page finale
- Guide Numérique
Description des deux établissements et des élèves
Mme Caboche travaille au collège Jacques Prévert, à Gaillard (74). C’est un établissement REP qui possède une ULIS et accueille de nombreux EANA en raison de sa position géographique frontalière avec la Suisse. Cet établissement accueille une quarantaine de nationalités différentes. Les élèves sont en grande majorité en difficulté scolaire : en moyenne, 1 élève sur 2 à Gaillard n’obtient pas son brevet.
De son côté, Mme Parvery travaille au collège Roger Frison-Roche, à Chamonix (74). Elle enseigne à des élèves issus majoritairement des catégories sociales aisées, et les élèves sont pour une grande partie en section sportive. Cet établissement accueille également des élèves allophones, majoritairement anglais, du fait de l’attractivité touristique de la ville.
Les élèves FLE et ULIS des deux établissements ont été pleinement intégrés à ce projet.
Démarche pédagogique
Le projet s’est construit à l’échelle de l’année scolaire selon la chronologie suivante :
Première phase : la prise de contact
- En octobre : apprendre à se connaître
=> Les élèves apprennent à se présenter : ils écrivent un texte descriptif et l’envoient (via le digipad) à leur “binôme” qui doit alors dessiner son correspondant. Les dessins ont ainsi mis en évidence les lacunes de chaque description, ce qui a permis à chaque élève de réécrire sa présentation et de l’améliorer. Parallèlement à ce travail, les élèves suivent la même séquence, construite en collaboration par leurs deux professeures et avec les mêmes supports (“Bande de jeunes !”). La séquence traite de l’amitié et de la tolérance envers les différences de chacun.
- En décembre : créer du lien
=> Les élèves de Chamonix ont envoyé des cartes de vœux à leur binôme.
- En février : devenir des pairs
=> Les élèves de Gaillard ont réalisé une carte postale papier à leur binôme pour leur raconter leurs vacances.
Deuxième phase : la séquence collaborative sur le journalisme
- En mars-avril : réaliser la séquence “Écrire un journal collaboratif sur sa vallée”
=> les élèves réalisent la séquence en suivant pas à pas les huit séances construites (voir en annexe La Fiche de Bord).
Zoom : notre démarche de création des binômes
Les binômes ont été construits par les professeurs en fonction des loisirs de nos élèves, mais également en fonction de leur niveau et de leur capacité de travail, pour faire en sorte que tous les groupes soient équitablement efficients. Puisque nous souhaitions créer une dynamique de tutorat entre pairs, nous avons veillé à ce que chaque élève d’un même groupe ait des compétences différentes et donc complémentaires face à ce projet ambitieux.
De même, nous avons attribué les thèmes en fonction du niveau requis et des appétences des élèves (en réutilisant notamment leur présentation de début d’année et les points communs trouvés entre eux).
Les associations ont révélé une bonne complémentarité, malgré le fait que certains binômes se sont modifiés suite à l’arrivée ou au départ de certains élèves. Ce dernier élément a été une source de difficulté pour nous, et nous a demandé de la flexibilité.
Bilan de l'expérimentation
Ce projet étant ambitieux, il nous a semblé judicieux de rédiger ce bilan comme une étude comparative qui s’appuie sur nos observations concrètes. Cela permet d’avoir un double regard, mettant ainsi en lumière les points communs et les divergences entre nos élèves et nos pratiques.
Première phase : la prise de contact
Du côté de Gaillard, la découverte des binômes a montré aux élèves une pluralité de prénoms qu’ils n’avaient pour la plupart jamais entendus.
Ils se sont sentis différents d’eux dès le début. Cependant, ils ont été tous très touchés de recevoir les messages, dessins et cartes de vœux : ils étaient acceptés sans préjugé.
Du côté de Chamonix, la découverte des binômes a suscité énormément de curiosité et une envie instantané de les voir “en présentiel”.
Deuxième phase: la séquence collaborative sur le journalisme
Observations complémentaires : l'évolution des padlets (généralités et exemples signifiants)
Globalement, les élèves se sont bien saisis du digipad, et se sont montrés de plus en plus autonomes avec. Plusieurs l’utilisaient à la maison, vérifiant ainsi s’ils avaient eu une réponse de leur camarade avant le prochain cours de français.
Quelques exemples :
- S. / P. (PAP) : belle évolution et communication qui souligne l'apport numérique.
- T. / M. : ces deux élèves ont beaucoup utilisé les échanges libres, surtout à la fin du projet. Nous avons remarqué que cela a participé à une meilleure collaboration entre eux. Les échanges étaient plus fluides et les remarques (notamment sur l’écriture) étaient plus précises, moins “standards”.
- D.(PAP) / A.(PAP) : ces deux élèves se sont montrés très bienveillants dans leurs échanges, et n’ont pas hésité à leur demander de recommencer un travail (exemple de D. qui n’a pas aimé l’illustration choisie par A.). Cela montre que les élèves ont relu attentivement les articles de leur camarade, alors même qu’ils ont tous les deux des difficultés de compréhension de texte.
Effets observés
- sur les élèves :
- Prise de conscience des différences et des proximités entre les élèves des deux établissements.
- Familiarisation avec le numérique et meilleure prise en main des outils utilisés (davantage d’autonomie).
- Développement de l’entraide, aussi bien “physique” (au sein de la classe) que virtuelle (entre les binômes des deux établissements).
- Effets positifs sur la confiance en soi (tous les élèves se sont engagés dans ce projet, pas de décrochage car les élèves se sentaient capables de réussir).
- sur les pratiques enseignantes :
- Répartition de la charge de travail, ce qui nous a permis de mener un travail ambitieux avec les élèves sans être débordés par la préparation de la séquence ou la mise en forme du journal final.
- Meilleure compréhension des difficultés de nos élèves (par la comparaison des réactions pendant les séances).
- Effets positifs sur la confiance en soi : il était parfois rassurant de voir que certaines séances fastidieuses chez l’une pouvaient être réussies chez l’autre. De même, ce projet nous a permis de nous sentir moins isolées (nous étions toujours deux à réfléchir au projet et donc deux face aux éventuelles difficultés et contre-temps).
- Meilleure gestion du temps : puisque nous devions avancer plus ou moins simultanément, cela mettait un cadre à nos cours.
Annexes
- La fiche de bord de la séquence
- Mon guide numérique
- Les deux journaux collaboratifs anonymisés : journal 1 - journal 2